
L’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH) a réagi, ce mardi 3 mars 2026, au rapport de supplément d’information déposé par le juge Noé Pierre Louis Massillon dans l’affaire du trafic d’armes impliquant la franchise de l’Église épiscopale d’Haïti.
Saluant la « rigueur » du magistrat, l’organisme de défense des droits humains exige que l’action publique soit enclenchée avec célérité.
L’instruction sur l’un des dossiers de criminalité transnationale les plus retentissants de la dernière décennie franchit une étape charnière. Dans une note de presse portant la signature de son directeur exécutif, Me Camille Occius, l’OCNH dit avoir pris connaissance avec une « attention soutenue » des conclusions rendues le 16 février dernier par le juge Massillon, désigné par la Cour d’appel de Port-au-Prince.
Ce rapport, qui fait suite à l’importation illégale d’armes et de munitions en juillet 2022 sous le couvert de privilèges douaniers ecclésiastiques, met en lumière un réseau complexe. Selon l’organisation, l’enquête judiciaire révèle l’implication de cadres de l’institution religieuse, de courtiers et de complices internationaux, dans un montage financier où plus de 2,3 millions de dollars américains et 142 millions de gourdes ont été gelés.
Une « trahison » envers la société
Pour l’OCNH, l’usage détourné des franchises douanières pour alimenter le trafic d’armes et la contrebande ne relève pas simplement du délit, mais d’une « trahison grave envers la société haïtienne ». L’organisme souligne que ces structures criminelles sont les moteurs de l’insécurité galopante qui paralyse le pays.
Face à la gravité des faits, l’organisation formule des recommandations précises aux acteurs de la chaîne pénale.
Elle appelle le ministère de la Justice et de la Sécurité publique à engager l’action publique avec « diligence et fermeté », en se gardant de toute forme d’ingérence politique ou diplomatique.
Vers un procès criminel ?
L’OCNH recommande à la Cour d’appel de Port-au-Prince de s’appuyer rigoureusement sur les conclusions du juge d’instruction pour ordonner, le cas échéant, le renvoi des inculpés devant la juridiction criminelle compétente. « Ce dossier doit constituer un précédent fort démontrant que le principe d’égalité devant la loi s’applique à tous, quel que soit le statut social ou religieux », martèle la note.
Par ailleurs, l’organisation plaide pour une réforme urgente du système des franchises auprès de l’Administration des douanes et du ministère des Finances. Elle exhorte également l’Église épiscopale d’Haïti à une « coopération de bonne foi » avec la justice et à engager des réformes internes profondes pour restaurer sa crédibilité morale.
« Le dossier de l’Église épiscopale constitue un test important de l’intégrité de notre système judiciaire », conclut Me Camille Occius, rappelant que la fin de l’impunité demeure la condition sine qua non de la stabilité démocratique en Haïti.

