
Dans une note de presse publiée ce mercredi 5 mars 2026, la Direction de Communication de la Police Nationale (DICOP) a rendu compte des échanges entre le Haut Commandement et l’expert indépendant des Nations Unies, William O’Neill. Entre constat d’impuissance logistique et dénonciation d’une stratégie « macabre » des gangs utilisant des enfants en première ligne, la police nationale tire la sonnette d’alarme.
La situation sécuritaire dans l’Ouest et l’Artibonite ne cesse de se dégrader, atteignant des sommets de cruauté que le Haut Commandement de la Police Nationale d’Haïti (PNH) n’hésite plus à qualifier de « plein enfer ». C’est ce tableau sombre qu’a brossé le Directeur Général, M. André Jonas Vladimir Paraison, lors de sa rencontre à Tabarre avec William O’Neill, l’expert indépendant de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Haïti.

Le point le plus saillant, et sans doute le plus tragique de ce rapport de situation, concerne l’instrumentalisation systématique des mineurs par les groupes armés. Selon les données fournies par la PNH, une hiérarchie de l’horreur s’est installée : les enfants âgés de 8 à 10 ans font office de guetteurs, tandis que ceux de 11 à 14 ans sont armés et envoyés au front.
« Cette stratégie macabre place les policiers, souvent parents eux-mêmes, face à un dilemme moral insoutenable lors des affrontements », souligne la note de la DICOP. Cette tactique vise non seulement à renforcer les effectifs des gangs mais aussi à paralyser psychologiquement les forces de l’ordre lors des opérations de terrain.
Au-delà de l’aspect moral, la PNH a profité de cette visite pour exposer ses limites matérielles. Si les agents tentent de s’adapter « psychologiquement et techniquement », l’institution concède être « gravement entravée » par un manque criant de moyens logistiques. Sur le terrain, les gangs ont durci leurs méthodes de guérilla urbaine, utilisant désormais des tranchées, des pièges et des cocktails Molotov pour freiner l’avance des blindés.
Face à cette « impuissance structurelle », la police place ses espoirs dans le déploiement imminent de la Force de Répression des Gangs (FRG). Cependant, la réponse ne peut être uniquement répressive. La Brigade de Protection des Mineurs (BPM) se trouve aujourd’hui dépourvue de centres adaptés pour la prise en charge ou la réinsertion de ces enfants-soldats.
Malgré la pression des combats, le Haut Commandement a tenu à assurer à la délégation onusienne que des mécanismes stricts encadrent les interventions. L’Inspection Générale (IGPNH) traite actuellement 174 allégations de violations des droits humains, un chiffre qui témoigne de la volonté de l’institution de maintenir une certaine transparence.
En guise de conclusion, le Commandant en Chef a invité les experts de l’ONU à accompagner les unités spécialisées sur le terrain. Une invitation pour que la communauté internationale puisse, selon les mots de la PNH, « constater la complexité du combat en milieu urbain dense » et l’urgence d’une réponse multidimensionnelle impliquant l’État, l’IBESR et l’UNICEF.

